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JULIE LE MINOR
Les crushs de la Milan Design Week 2024
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Du sofa Poltronova de Harry Nuriev à l’exposition craft de Patrick Carroll par JW Anderson, en passant par l’oeuvre de James Bantone x UGG et l’italianité de Dimore, retour sur ce nouvel opus milanais.

Dans le quartier de Porta Venezia, ce lundi 15 avril, la création internationale s’est donnée rendez-vous pour le lancement de la Milan Design Week et du Salone del Mobile qui célèbrent le meilleur de l’art et du design contemporain. De Capsule Plaza, temple de la nouvelle garde artistique dans l’espace Spazio Maiocchi à La Pelota où Hermès dévoile sa maison d’objets, la Milan Design Week est le nouveau centre névralgique d’une industrie en pleine mutation dont les frontières poreuses flirtent désormais ouvertement avec la mode, l’art ou la technologie.

Dans ce dédale d’objets, marques de luxe, artisans, artistes et designers se mêlent dans un spectacle détonnant et du café Sant Ambroeus au fameux Bar Basso, où le Negroni coule à flots, on murmure que la fashion week n'a qu'à bien se tenir. Le créateur Jonathan Anderson convie l’artiste californien Patrick Carroll et ses toiles conceptuelles, Bottega Veneta flirte avec Le Corbusier, Saint Laurent s’associe à Gio Ponti Archives, Loro Piana rend hommage à l’architecte révolutionnaire Cini Boeri et Samuel Ross imagine des toilettes Kohler révolutionnaires dans un orange éclatant qui contraste avec les pierres du Palazzo del Senato. Retour sur nos crushs de cette édition 2024.

"Design Ancora", Gucci

Pour leur première incursion dans le monde du design et de la décoration d’intérieur, Gucci et son directeur de création Sabato de Sarno célèbrent les icônes. Une plongée dans l’âge d’or du design italien à travers une curation de cinq pièces inédites réalisée par le commissaire Michela Pelizzari, fondateur de l'agence créative P:S, dans un espace imaginé par l'architecte Guillermo Santomà. On y voit le canapé "Le Mura" créé par Mario Bellini pour Tacchini (1972, réédition 2022), le vase "Opachi" de Tobia Scarpa pour Venini (1960, réédition 2021), une réécriture du tapis "Clessidra" de Piero Portaluppi ou encore la commode "Storet" créée par Nanda Vigo pour Acerbis (1994, réédition 2020). Le tout dans le Rosso Ancora, la teinte signature de Gucci. Italia vera.

Courtesy of Gucci

Courtesy of Gucci

“Unpacked”, Harry Nuriev x Poltronova

Capsule Plaza revient au Spazio Maiocchi avec une seconde édition sous le signe de la collaboration où se côtoient designers adoubés, marques et talents émergents dans un dialogue ouvert entre art, design, mode, technologie et artisanat. Parmi eux, Harry Nuriev, le fondateur de Crosby Studios, propose une réécriture de l’emblématique Saratoga Poltronova Canapé en cuir et bois conçu il y a soixante ans par les époux italiens Lella et Massimo Vignelli. Chef d'œuvre du minimalisme mid-century, le designer russe en propose une version radicale recouverte d'un film agricole biodégradable fidèle à son esthétique transformiste et expérimentale.

Courtesy of Harry Nuriev and Poltronova

Courtesy of Harry Nuriev and Poltronova

"If you (see me, see me, see me)", James Bantone x UGG

Le solo-show "If you (see me, see me, see me)" commissionné par UGG dévoile l’œuvre pluridisciplinaire de James Bantone. L’artiste suisse de 32 ans explore le concept d’intérieur et d’extérieur à travers l’imagerie du billboard, ce panneau d’affichage publicitaire que l’on retrouve dans les rues et dont il a lui-même créé une image pour la marque lifestyle dans le quartier de Porta Venezia durant la Milan Design Week. Il en imagine de multiples variations à travers une installation où l’image se mêle au réel selon un processus de replica propre à l’artiste, dans lequel le mobilier s’incarne à la fois dans la toile et en dehors. Passionné de pop culture, inspiré plus jeune par l’Amérique, James poursuit son exploration de l’identité et de la représentation des corps dans la société de l’image postmoderne.

Courtesy of Ugg and James Bantone

"DAYS", Patrick Carroll par JW Anderson

Les œuvres conceptuelles de Patrick Carroll ornent les murs du flagship JW Anderson de la via Sant Andrea. Ce jour-là, on y croise par hasard Jonathan Anderson ainsi que l’artiste californien invité par le créateur à présenter ses compositions pastels en tissus recyclés à l’occasion du Salone del Mobile. Une série d'œuvres originales que l’artiste réalise en étirant des textiles qu'il a tricoté sur des châssis comme s'il s'agissait d'une peinture. De sa propre collection de fils issus des restes de l’industrie de la mode, Patrick imagine des toiles faites main grâce un métier à tisser datant des années 70 où mode et art fusionnent pour ne faire plus qu’un dans un langage conceptuel souvent réduit à un mot. Permanence, necessity, duration, abnegation, voices. Tout est dit.

Courtesy of JW Anderson and Patrick Carroll

"Attracted to light", Dimoremilano

Du ciel azur de cette Design Week haute en couleur à l’appartement-manifeste en clair obscur de Dimoremilano dans la très chic via Solferino, il n’y a qu’un pas. L’installation présentée par l’institution milanaise fondée par Emiliano Salci et Britt Moran est une fois de plus l’un des passages obligés de cette édition mais aussi l'une de ses expériences les plus insolites. Intitulée “Attracted to light”, le public est invité à pénétrer dans un appartement plongé dans l’obscurité où se mêlent objets précieux, designs anciens et contemporains dans une ambiance feutrée où l’on avance pas à pas sur un sound-design explosif alternant morceaux français sussurés et mélodies mystérieuses. Royaume de l’or, du laiton et de la laque, chaque objet est mis en scène selon la signature Dimore. La grande bellezza.

Courtesy of Dimoremilano

"Topographie de la matière", Hermès

À La Pelota, Hermès dévoile sa nouvelle collection d’objets aux côtés d’archives autour d’un thème qui lui est cher : l’intemporalité. Véritable voyage dans le temps et la matière, la maison parisienne nous plonge dans une scénographie XXL où le sol est recouvert de seize motifs de revêtements dans différentes teintes propres à son univers. Gris, bruns, rouges. Pierres, briques, ardoises. Une topographie de la matière imaginée comme un voyage à la source de ses artisanats et techniques issus de différentes régions d’Italie. De la Lombardie aux Pouiles, on traverse ce dédale de motifs sur des ponts qui créent “un dialogue entre les racines et le mouvement, entre matériaux et savoir-faire”. Derrière un mur, on retrouve la collection d’objets Hermès où les nouveautés sont associées à des pièces d’archives cultes comme un fil rouge pour comprendre son processus créatif au fil des décennies. "Sortir du temps tout en gardant les pieds sur terre."

Courtesy of Hermès

La Milan Design Week et le Salone del Mobile ont lieu jusqu’au 21 avril à Milan

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